Aller au contenu

Faire fondre ses bijoux en or : ce que ça rapporte vraiment

Publié le 10 octobre 2026

Ensemble de bijoux traditionnels en or posés sur un fond vert sombre.

Faire fondre vos bijoux en or ne vous rapporte pas le cours du jour du métal pur. Le prix proposé par un professionnel part de la quantité d’or fin réellement contenue dans vos objets, puis tient compte de ses frais d’analyse, de fonte et d’affinage, de sa marge et de la fiscalité applicable. Avant une démarche irréversible, voici comment se calcule la valeur, quels droits vous protègent et quelle taxe s’applique.

En bref

  • Valeur de référence : poids net de métal (sans pierres) × titre × cours du jour daté. L’offre est inférieure, car le professionnel déduit ses frais et sa marge ; il n’existe pas de pourcentage fixe, seule la comparaison de devis écrits vous renseigne.
  • La fonte seule ne purifie pas l’or : un bijou 18 carats fondu reste un alliage à 750 millièmes. L’affinage est une opération distincte.
  • Un bijou, ancien ou non, artistique ou non, cassé ou entier, est exonéré si son prix de cession est inférieur ou égal à 5 000 € (objet par objet, ou par ensemble) ; au-delà, taxe de 6 % plus 0,5 % de CRDS, sauf option pour la plus-value.
  • Vous avez 24 heures après la signature du contrat pour vous rétracter.
  • Les tests à l’acide sont l’affaire d’un professionnel : chez vous, repérez les poinçons et pesez.

Pourquoi envisager la fonte de ses bijoux en or ?

La fonte consiste à porter un objet façonné à l’état liquide pour le couler en un bloc de métal. Elle ne change pas la composition de l’alliage : un bracelet en 18 carats donne, une fois fondu, un bloc brut qui contient toujours ses 750 millièmes d’or et ses métaux d’alliage (cuivre, argent, palladium selon la couleur). Pour obtenir de l’or fin, il faut ensuite un affinage, traitement séparé réalisé par un affineur.

Vendre « pour la fonte » est courant quand un bijou est cassé, dépareillé, démodé ou sans valeur sentimentale, ou quand sa remise en état coûterait plus cher que l’objet. On écarte alors le style, la signature, le travail d’orfèvrerie ou les pierres : l’estimation repose sur la seule masse d’or fin contenue dans l’alliage.

Cette simplicité a un prix. Le professionnel qui rachète au poids finance l’analyse du titre, la fonte, l’affinage, les pertes techniques, le risque de variation du cours jusqu’à la revente du métal, ses frais et sa marge. Pour situer une offre avant de vous déplacer, le simulateur de rachat d’or calcule une première valeur indicative à partir du poids et du titre.

Déterminer la masse d’or fin et le titre légal de vos bijoux

Pour estimer vos objets, il faut connaître leur poids et leur titre en millièmes. Le cours international de l’or est coté par once troy, qui pèse exactement 31,1034768 grammes. Ne la confondez pas avec l’once du commerce ordinaire (environ 28,35 grammes) : l’écart fausserait votre calcul de près de 10 %.

Le prix théorique d’un gramme d’or fin s’obtient en divisant le cours de l’once troy, converti en euros, par 31,1034768. On le multiplie ensuite par le titre et par le poids net de métal, c’est-à-dire sans les pierres, perles, ressorts ou parties en autre métal. Notez la date et l’heure du cours utilisé : c’est lui qui servira à comparer les offres. Les titres les plus courants en France sont les suivants :

  • 750 millièmes (18 carats) : la référence de la bijouterie française, soit 75 % d’or fin dans l’alliage. Ce titre a son propre poinçon de garantie ; pour l’identifier, reportez-vous au tableau officiel des poinçons.
  • 916 millièmes (22 carats) : fréquent dans des bijoux anciens ou importés, notamment d’Orient et d’Asie.
  • 585 millièmes (14 carats) : poinçon de garantie coquille Saint-Jacques.
  • 375 millièmes (9 carats) : poinçon de garantie trèfle.
  • 999 millièmes (24 carats) : or quasi pur, surtout sous forme de lingots et lingotins.

La couleur ne change pas la base du calcul : un or jaune, blanc ou rose de même titre contient la même proportion d’or fin, seuls les métaux d’alliage diffèrent. Cela ne garantit pas une offre identique d’un acheteur à l’autre, chacun fixant ses conditions : comparez donc les offres sur le même poids net et le même titre.

Ne confondez pas le poinçon de garantie avec le poinçon de maître (losange, il identifie le fabricant) ou le poinçon de responsabilité (ovale, il identifie l’importateur). Ces derniers signent la fabrication, mais ne garantissent pas le titre.

Comment tester et estimer son or sans commettre d’erreur

Quelques vérifications sans danger aident à préparer la visite chez un professionnel. Aucune ne remplace une expertise ni ne doit abîmer l’objet :

  • Test de l’aimant : l’or n’est pas attiré par un aimant. Une attraction est un signal d’alerte, pas un verdict : un fermoir, un ressort ou une goupille en acier peut réagir alors que le reste du bijou est bien en or. À l’inverse, l’absence d’attraction ne prouve rien, car le laiton, le cuivre ou l’argent ne réagissent pas non plus. Ce test sert seulement à trier.
  • Poinçons : à la loupe, cherchez le poinçon de garantie et celui de maître. Leur présence est un bon indice ; leur absence ne prouve pas une fausseté, notamment sur des bijoux anciens, très fins ou importés.
  • Pesée : une balance affichant le centième de gramme (0,01 g) donne un point de repère, mais cette résolution ne garantit pas sa précision. Pour la transaction, le poids qui fait foi est celui d’une balance professionnelle contrôlée. La méthode est détaillée dans notre guide pratique pour peser son or à la maison.
  • Densité : l’or pur a une densité de 19,32, bien supérieure à celle du laiton (environ 8,5). La mesure repère un métal commun, sans départager deux titres proches ; pierres et parties creuses la faussent.

Chez le professionnel, la vérification se fait souvent à la pierre de touche : une trace du métal, déposée sur une pierre siliceuse noire, est éprouvée par des réactifs étalonnés pour un titre donné, et c’est sa résistance qui confirme le titre. Certains comptoirs utilisent aussi un spectromètre, qui analyse la composition sans abîmer l’objet. Ces réactifs sont des acides corrosifs et toxiques : ne reproduisez pas ce test chez vous. Comme il ne lit que la surface, un plaqué épais peut faire illusion : faites inscrire le titre constaté sur le contrat. Pour aller plus loin, consultez le guide Reconnaître de l’or véritable.

Cadre juridique : obligations du professionnel et droits du vendeur

L’achat de métaux précieux à un particulier par un professionnel est encadré par le code de la consommation (articles L224-96 à L224-99) afin de protéger le vendeur.

La transaction donne lieu à un contrat écrit, dont un exemplaire vous est remis à la signature. Avant de signer, vérifiez qu’il identifie clairement :

  • le professionnel acheteur (raison sociale, adresse, numéro d’immatriculation) ;
  • vous-même, en tant que vendeur ;
  • la date de la signature ;
  • chaque objet vendu, avec sa désignation, son poids et son titre en millièmes ;
  • le prix proposé, avec le détail des frais et des taxes retenus.

Les points à contrôler sont analysés dans notre article Décryptage du contrat d’achat d’or.

Vous disposez d’un droit de rétractation de 24 heures à compter de la signature, sans avoir à vous justifier ni à payer de pénalité (article L224-99 du code de la consommation, dans sa rédaction issue de la loi du 21 février 2017). Le contrat comprend un formulaire détachable pour l’exercer. Si vous vous rétractez, la vente est annulée : vous remboursez le prix perçu et le professionnel vous restitue vos objets. Ce délai ne s’applique pas aux opérations d’or d’investissement, mais il couvre la vente de bijoux et de vieil or.

Pour le règlement, l’article L112-6 du code monétaire et financier interdit le paiement en espèces de l’achat de métaux précieux à un particulier. Le professionnel doit vous payer par chèque barré ou par virement sur un compte à votre nom. Une proposition de paiement en liquide suffit à aller voir ailleurs.

Comprendre la décote et la formation du prix de rachat

Un comptoir ou un fondeur qui rachète vos bijoux pour les fondre ne vous verse pas la valeur brute de l’or fin au cours du jour. Il vous propose un prix net, après une décote commerciale dont le niveau varie d’un professionnel et d’un lot à l’autre. Elle couvre ses coûts et ses risques :

  • l’analyse du titre (pierre de touche, spectrométrie) ;
  • la fonte, puis l’affinage qui sépare l’or fin des métaux alliés, souvent confié à un affineur ;
  • les pertes techniques de ces opérations ;
  • le risque de variation du cours entre le rachat et la revente du métal ;
  • les frais administratifs et la marge commerciale.

Une partie de ces coûts est fixe et pèse davantage sur un petit lot ou des bijoux de faible titre. Pour juger une offre, demandez à chaque professionnel un devis écrit qui part de la même formule (poids net × titre × cours daté) et détaille séparément la décote, les frais et les taxes. Un montant global sans ces éléments ne se compare pas. Pour trouver plusieurs interlocuteurs, consultez l’annuaire des acheteurs d’or.

Attention aux pierres : un professionnel qui rachète au poids paie le métal, et les pierres, perles ou émaux ne sont pas forcément repris ni valorisés. Faites-les estimer avant de vendre, et demandez à les récupérer si l’acheteur ne les paie pas.

Fiscalité de la revente de bijoux et d’or fondu

Les règles ci-dessous visent un particulier fiscalement domicilié en France qui vend de façon occasionnelle, hors de toute activité professionnelle. La fiscalité dépend de la nature du bien au moment de la vente, et non de ce que l’acheteur compte en faire. La doctrine fiscale (BOFiP, BOI-RPPM-PVBMC-20-10) range les articles de bijouterie et leurs parties, y compris les ébauches et articles incomplets, ainsi que les objets d’or travaillés, parmi les bijoux et assimilés. Les règles générales sont détaillées sur notre page consacrée à la fiscalité de l’or.

1. Les bijoux : exonération jusqu’à 5 000 €, puis 6,5 %

Un bijou relève de ce régime qu’il soit ancien ou récent, signé ou ordinaire, entier ou cassé : la valeur historique ou artistique n’est pas une condition. L’intention de l’acheteur de le fondre ne suffit pas à en faire du métal brut.

  • La cession est exonérée lorsque le prix de cession est inférieur ou égal à 5 000 €.
  • Ce seuil s’apprécie objet par objet, et non sur le total d’une vente, sauf pour des objets qui forment un ensemble (une paire de boucles d’oreilles, un collier de perles). Vendre séparément, à dates rapprochées et au même acheteur, les éléments d’un ensemble ne permet pas d’échapper à cette règle.
  • Au-delà, la taxe forfaitaire est de 6 % du prix de cession, plus 0,5 % de CRDS, soit 6,5 %, sauf option pour la plus-value.

2. Les métaux précieux : 11,5 % dès le premier euro

Ce régime vise l’or en lingots, barres, plaquettes ou déjà fondu, et certaines pièces. Un bloc d’or issu de bijoux que vous avez déjà fait fondre ne bénéficie pas automatiquement du régime des bijoux.

  • La taxe forfaitaire est de 11 % du prix de cession, augmentée de 0,5 % de CRDS, soit 11,5 %.
  • Il n’existe aucun seuil d’exonération pour les métaux précieux : le seuil de 5 000 € ne leur est pas applicable.

Faire fondre ses bijoux avant de les vendre peut donc vous priver de l’exonération des bijoux. En cas de doute sur la qualification retenue, demandez à l’acheteur de l’indiquer sur le bordereau et vérifiez-la avant de signer.

3. L’option pour le régime de la plus-value

À la place de la taxe forfaitaire, vous pouvez opter pour l’imposition de la plus-value réelle : impôt sur le revenu de 19 %, plus les prélèvements sociaux au taux en vigueur (consultez impots.gouv.fr pour le taux actualisé). La plus-value bénéficie d’un abattement de 5 % par année de détention au-delà de la deuxième, d’où une exonération totale après 22 ans de détention. L’ancienne règle des 12 ans a été abrogée en 2014.

Cette option suppose de justifier de la date et du prix d’acquisition, ou d’une détention de plus de 22 ans. La preuve peut être une facture, un acte notarié, une déclaration de succession ou un acte de donation : une facture à votre nom n’est pas la seule pièce admise. Il faut aussi pouvoir établir que l’objet vendu est celui qui figure sur ces documents. Pour un bijou de famille sans trace écrite, l’option est rarement possible ; la taxe forfaitaire s’applique alors, avec l’exonération des bijoux si le prix ne dépasse pas 5 000 €.

4. Or d’investissement et TVA

L’or d’investissement bénéficie d’une exonération de TVA prévue par l’article 298 sexdecies A du code général des impôts (BOFiP, BOI-TVA-SECT-30-10). Le titre n’est qu’un des critères :

  • les lingots, barres et plaquettes doivent atteindre au moins 995 millièmes, peser plus de 1 gramme et répondre aux normes commerciales et aux poids admis sur les marchés internationaux de l’or ;
  • les pièces doivent atteindre au moins 900 millièmes, avoir été frappées après 1800, avoir ou avoir eu cours légal dans leur pays d’origine et respecter le critère légal de prix fixé par ce même article ; la Commission européenne publie chaque année une liste des pièces concernées.

Les bijoux ne sont pas de l’or d’investissement, et la fonte ne les y transforme pas : un bijou 18 carats fondu reste un alliage à 750 millièmes, loin des 995 millièmes exigés pour un lingot. Surtout, cette exonération ne concerne que la TVA : elle ne dispense pas de la taxe forfaitaire due à la revente.

Alternatives à la fonte : revente sur le marché de l’occasion ou don

Avant de confier un bijou au creuset, explorez les autres voies :

  • La revente en bijouterie d’occasion ou de seconde main : un bijou signé par une grande maison, d’un travail remarquable ou serti de pierres de valeur peut se vendre plus cher que son seul métal. Faites-le estimer par un bijoutier ou un expert avant toute fonte : une fois fondu, ce supplément de valeur est perdu.
  • La transmission ou le don : transmettre un bijou dans sa famille évite les frais d’analyse et de fonte et préserve son histoire. Le don à une association peut, selon les dispositifs en vigueur, ouvrir droit à un reçu fiscal.

Résumé des étapes pour faire fondre son or en toute sécurité

  1. Examinez vos objets : repérez les poinçons (coquille Saint-Jacques pour le 585 ‰, trèfle pour le 375 ‰, poinçon propre au 750 ‰) et mettez de côté les bijoux signés ou sertis pour les faire estimer.
  2. Pesez et estimez : pesez pour obtenir un repère, retranchez ce qui n’est pas en or et appliquez la formule poids net × titre × cours daté, par exemple avec un simulateur.
  3. Faites tester par un professionnel : l’aimant ne sert qu’à trier, les tests à l’acide se font au comptoir, devant vous.
  4. Mettez en concurrence : demandez un devis écrit à au moins deux comptoirs ou fondeurs, avec le détail de la décote, des frais et des taxes.
  5. Vérifiez le contrat : identité du professionnel, poids et titre de chaque objet, prix, formulaire de rétractation. Vous avez 24 heures après la signature pour changer d’avis.
  6. Exigez un paiement autorisé : virement ou chèque barré à votre nom, jamais d’espèces.
  7. Vérifiez la fiscalité : bijou exonéré si le prix de l’objet ou de l’ensemble est inférieur ou égal à 5 000 €, taxé à 6,5 % au-delà ; or déjà fondu ou lingot taxé à 11,5 % sans seuil ; option plus-value sur justificatifs. Conservez le contrat et la preuve du paiement.

Questions fréquentes

Quelle part du cours du jour obtient-on après la fonte d’un bijou ?

Il n’existe pas de pourcentage fixe ni garanti. Le montant dépend du poids net, du titre, du cours au moment de la vente et des conditions de chaque professionnel : calculez la valeur de référence, puis comparez plusieurs devis écrits et détaillés.

Dois-je signer un contrat écrit pour vendre mon or ?

Oui. La loi impose un contrat écrit, remis au vendeur à la signature, qui décrit chaque objet (poids, titre) et comprend un formulaire de rétractation.

De combien de temps est-ce que je dispose pour me rétracter ?

De 24 heures à compter de la signature, sans justification ni pénalité (article L224-99 du code de la consommation). Ce délai ne s’applique pas aux opérations d’or d’investissement.

Quelle taxe s’applique à la revente de mes bijoux en or ?

Un bijou est exonéré si son prix de cession est inférieur ou égal à 5 000 €, apprécié objet par objet ou par ensemble. Au-delà : 6 % plus 0,5 % de CRDS, soit 6,5 %, sauf option pour la plus-value. Que l’acheteur destine le bijou à la fonte ne suffit pas à changer ce régime.

Et si je vends de l’or déjà fondu ou un lingot ?

C’est le régime des métaux précieux : 11 % plus 0,5 % de CRDS, soit 11,5 %, dès le premier euro. L’option pour la plus-value reste possible avec des justificatifs.

Faire fondre mes bijoux les transforme-t-il en or d’investissement ?

Non. La fonte conserve l’alliage : un bijou 18 carats fondu reste à 750 millièmes, alors qu’un lingot d’investissement doit atteindre au moins 995 millièmes (une pièce, au moins 900 millièmes), avec d’autres conditions légales. Et l’exonération de TVA ne dispense pas de la taxe due à la revente.

Photos : viresh studio, via Pexels.

Le cours de l'or est de 120,10 € le gramme d'or fin au 16/10/2026 à 00:00. Estimez ce que vaut votre or en quelques secondes.

Autres guides